L'histoire du contrôle du cancer en Ontario est remplie de récits d'hommes et de femmes exceptionnels dont le travail a, d'une facon ou d'une autre, influencé le cours des soins en canérologie dans la province et même dans le monde.

Afin d'honorer l'esprit innovateur de ces individus bien exceptionnels, nous mettons plein feux sur six pionniers qui ont accompli énormément pour faire avancer le contrôle du cancer en Ontario.Nous leur sommes très reconnaissants ainsi qu'à tous les autres chefs de file en soins de cancérologie .

Appuyez sur n'importe quelle photo ci-dessous pour en savoir plus long sur ces six pionniers en soin de cancérologie.

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Henry John Cody - Une influence durable dans la lutte contre le cancer en Ontario

Henry John Cody n’avait qu’une expérience très limitée des soins de santé. Et pourtant, presque 60 ans après sa mort, son influence sur les soins en cancérologie dispensés en Ontario continue d’être ressentie. En fait, c’est l’une des recommandations faites par la Commission Cody qui a abouti à la création de la Fondation ontarienne pour la recherche en cancérologie et le traitement du cancer, connue aujourd’hui sous le nom d’Action Cancer Ontario.

[ 1868–1951 ]

Henry John Cody était l’un des Canadiens les plus éminents et érudits de son temps. C’était un pasteur anglican que ses ouailles de l’église St-Paul, à Toronto, tenaient en haute estime, et un universitaire de renom qui enseignait la théologie au collège Wycliff. Il gravit les échelons de la hiérarchie pour devenir recteur de l’Université de Toronto, puis chancelier de cet établissement. Il exerça également les fonctions de ministre de l’Éducation de l’Ontario dans le gouvernement de William Howard Hearst en 1918 et, pendant la courte période où il occupa ce poste, il fit porter à 16 ans l’âge de la fréquentation scolaire obligatoire en Ontario.

M. Cody disposait également de solides appuis politiques et était l’ami de deux autres premiers ministres conservateurs de la province, G. Howard Ferguson et George S. Henry. Mais jusqu’en 1931, année où le gouvernement de l’Ontario le pria de diriger les travaux d’une commission royale sur l’organisation des services de cancérologie dans la province, la seule fois qu’il s’était occupé des soins de santé était lorsqu’il avait siégé au Conseil d’administration du Toronto General Hospital.

la Commission Cody donne une nouvelle orientation aux soins dispensés en cancérologie

De nos jours, la Commission royale sur l’utilisation du radium et des rayons X dans le traitement des malades, etc., établie en 1931, est surtout connue sous le nom de Commission Cody. Ses membres, en plus de M. Cody, étaient Sir John McLennan, professeur de physique à l’Université de Toronto; le Dr W. T. Connell, professeur de médecine à l’Université Queen’s; et Arthur Ford, rédacteur en chef du journal London Free Press. La commission se vit confier un vaste mandat, à savoir « faire fonction d’organisme de collecte de renseignements chargé d’évaluer la situation à l’échelle de la province, de déterminer l’ampleur et la nature du problème actuel », et d’émettre des recommandations

Le but initialement poursuivi en formant cette commission était de répondre à une pénurie de radium en Ontario. On commençait, au début des années 1930, à se rendre de plus en plus compte de l’intérêt présenté par les rayonnements et à mieux comprendre le rôle qu’ils pouvaient jouer dans l’élaboration de protocoles efficaces de traitement du cancer, que ce soit isolément ou de concert avec la chirurgie. Les services de radiothérapie offerts à l’échelle de la province étaient cependant mal coordonnés et organisés, et on ne disposait d’aucun plan en vue de l’achat et de la distribution du radium qui était nécessaire pour permettre l’accès à cette modalité thérapeutique de plus en plus populaire

établissement des bases du réseau de cancérologie actuel

Au cours des huit mois qui suivirent, la Commission Cody accomplit une œuvre remarquable. Alors que les vols réguliers sur de grandes distances n’étaient encore qu’un rêve lointain à cette époque, M. Cody et ses collègues réussirent à se rendre dans des centres de cancérologie et à consulter des experts d’autres régions du Canada, des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, de la Belgique, de l’Allemagne, de la Suède et du Danemark, le tout en se contentant d’un budget de moins de 15 000 $ pour financer leurs déplacements.

Si le travail accompli par la Commission Cody force l’admiration par l’ampleur de la zone géographique couverte, tout aussi impressionnants sont la portée de ses enquêtes et le caractère exhaustif de son rapport. Les commissaires rassemblèrent toutes les statistiques qui étaient disponibles sur la mortalité attribuable au cancer au Canada et dans 23 autres pays, et se penchèrent sur des questions telles que la radiothérapie, la nature et les causes du cancer, et la nécessité de reconnaître les états précancéreux. Le rapport contenait des chapitres sur la chirurgie, les résultats des traitements, la recherche en cancérologie, l’information du public et des médecins, et l’importance des services sociaux.

Rien de tout cela ne susciterait une attention particulière dans un rapport sur le cancer commandité de nos jours. Mais il y a plus de 75 ans, il s’agissait là d’un véritable travail de pionnier qui allait servir de base à de nombreuses activités. Les recommandations de la Commission Cody ont contribué à permettre la création du réseau de soins en cancérologie dont cette province peut s’enorgueillir aujourd’hui.

prélude à la création de l’organisme qui allait devenir Action Cancer Ontario

Entre autres choses, la commission confirma l’importance des rayonnements en tant que thérapie et recommanda que la province achète une quantité suffisante de radium et que des cliniques de cancérologie soient établies en association avec les trois facultés de médecine qui existaient à l’époque à Toronto, London et Kingston. Ces recommandations furent acceptées, mais compte tenu de l’étendue géographique de la province, quatre autres cliniques furent également établies, soit une à Windsor, une autre à Hamilton, et deux à Ottawa.

M. Cody demanda en outre que l’on établisse des laboratoires de recherche qui se consacreraient aux études sur le cancer. Il réclama la mise sur pied de programmes d’information du public sur la prévention du cancer et demanda que l’on améliore la formation des cliniciens dans les domaines du diagnostic et des traitements. Sa commission souligna par ailleurs la nécessité de créer des liens étroits entre tous les secteurs et services chargés de fournir des soins de santé. L’appel ainsi lancé constitue l’une des toutes premières initiatives entreprises en faveur de la fourniture de prestations que l’on considère aujourd’hui comme allant de soi : les soins interdisciplinaires.

M. Cody formula deux autres recommandations qui, aujourd’hui encore, continuent d’avoir de profondes répercussions. Il demanda que soit créé un institut de cancérologie qui abriterait sous un même toit des services de diagnostic et de traitement, ainsi que des programmes de recherche, d’enseignement et de santé publique. Ces démarches devaient aboutir, 26 ans plus tard, à l’ouverture du Princess Margaret Hospital au sein de l’Institut ontarien de recherche sur le cancer en 1958. Il proposa enfin de mettre sur pied un organisme qui serait chargé du contrôle et de la distribution du radium, ainsi que d’ouvrir et de superviser des centres de traitement actif et des cliniques de diagnostic.

Cette recommandation se concrétisa par la création, en 1943, de la Fondation ontarienne pour la recherche en cancérologie et le traitement du cancer, l’organisme qui allait devenir Action Cancer Ontario 54 ans plus tard.


Dr. Gordon E. Richards - Le père de la radiothérapie au Canada

Le Dr Gordon E. Richards a été le premier directeur général de la Fondation ontarienne pour la recherche en cancérologie et le traitement du cancer, aujourd’hui appelée Action Cancer Ontario. Il a joué un rôle clé dans la reconnaissance du rôle de la radiothérapie, ainsi que dans le développement et l’organisation de cette discipline au Canada.

[ 1885–1949 ]

L’une des découvertes les plus importantes du début du XXe siècle dans le domaine des soins de santé est celle du potentiel offert par la radiothérapie dans le traitement des patients atteints du cancer. Très peu de temps après la découverte des rayons X en 1895 et du radium en 1898, les médecins commencent à entendre et à répandre des rumeurs sur l’effet quasi-magique des « rayons » sur les tumeurs cancéreuses. Au Canada, le premier rapport sur le recours aux rayons X pour traiter le cancer paraît en 1902. D’autres rapports suivent rapidement et, en 1910, un médecin dénommé William H. B. Aikins ouvre l’Institut du radium de Toronto (Radium Institute of Toronto). À sa mort en 1924, le Dr Aikins affirmait avoir traité plus de 3 000 patients.

Une grande effervescence régnait dans le domaine des soins de santé à cette époque. La radiothérapie offrait une véritable promesse de traitement d’une maladie qui, jusqu’alors, restait trop souvent une énigme pour les médecins. En fait, la communauté médicale comprenait bien mieux le potentiel des rayonnements que leur mise en pratique proprement dite, et leur perception des dangers qu’ils impliquaient était certainement insuffisante. La radiothérapie n’était soumise à aucune surveillance ou réglementation. Les traitements étaient dispensés sans grande rigueur par les chirurgiens et les généralistes. Aussi incroyable que cela puisse paraître, certains médecins portaient des sources de radium dans leurs poches.

l’aube du changement

C’est à cette période qu’un homme du nom de Gordon E. Richards entre en scène. Fils d'un pasteur de l'Église presbytérienne, le Dr Richards est né à Lyn, en Ontario. Il est âgé de quatre ans lorsque son père décède, et il est alors élevé dans la maison de sa grand-mère. Après avoir initialement envisagé une carrière d’ecclésiastique, Gordon Richards opte pour une carrière médicale en faisant ses études à la Faculté de médecine de l’Université de Toronto. Motivé et très brillant, il est nommé président du Comité directeur des étudiants de 1er cycle en médecine lors de sa dernière année d’études, et obtient son diplôme en 1908 ainsi que la médaille d’or du meilleur étudiant de la promotion.

On ne sait à quel moment ni comment le Dr Richards a commencé à s’intéresser à la radiologie, au point de devenir un expert en la matière, mais peu de temps après l’obtention de son diplôme, il rejoint le St. Paul’s Hospital de Vancouver en qualité de radiologue. En 1917, il revient en Ontario pour diriger le nouveau service de radiologie du Toronto General Hospital. Jusqu’à son arrivée, les actes de radiodiagnostic étaient accomplis par des radiographes non diplômés en médecine, les clichés étant interprétés par des médecins et des chirurgiens. Passant outre aux objections véhémentes des cliniciens, le Dr Richards ordonne que seuls des radiologues dûment qualifiés soient chargés de l’interprétation des clichés et de la prise des décisions finales concernant le traitement des patients par irradiation.

une approche plus organisée de la radiothérapie

Au cours des années suivantes, le service du Dr Richards fait l’acquisition d'appareils de radiothérapie de plus grande puissance et de radium pour traiter les patients cancéreux. Ces méthodes thérapeutiques étaient encore utilisées par des praticiens du secteur privé en dehors des institutions officielles, mais du temps du Dr Richards, et en grande partie en raison de son influence, elles ont été progressivement remplacées par une approche plus organisée et plus académique de la radiothérapie. Vers le milieu des années 1930, le Dr Richards et son service avaient acquis une réputation nationale et internationale dans le domaine du traitement des patients cancéreux.

Il n’existait pas de programmes officiels de formation à la radiothérapie à cette époque, mais le Dr Richards a su former des apprentis, dont deux sont des figures connues, à savoir la Dre Vera Peters, qui est devenue la radio-oncologue la plus connue et la plus honorée au Canada suite à ses travaux sur la maladie de Hodgkin et le cancer du sein, et le Dr Clifford Ash, qui a succédé au Dr Richards au poste de chef du service de radiothérapie et est devenu ensuite directeur du Princess Margaret Hospital.

une utilisation plus efficace des installations

Les contributions du Dr Richards ont dépassé le cadre de la radiothérapie pour aborder les problèmes plus vastes liés à la lutte contre le cancer, notamment en Ontario. Il fut l’un des premiers à comprendre que le cancer devait être traité par des spécialistes travaillant dans des établissements spécialisés. Il était un fervent partisan de la centralisation des installations de radiothérapie, et était favorable au rattachement de ces services à de grands hôpitaux « pour utiliser au mieux les matériels dans le cadre de consultations fréquentes avec les autres services spécialisés »

La vision du Dr Richards s’est véritablement concrétisée avec la fusion entre le The Toronto Hospital (rebaptisé ultérieurement « University Health Network ») et le Princess Margaret Hospital en 1997, ce qui a permis de rassembler sous un même toit toutes les modalités thérapeutiques du cancer. Dans le même ordre d’idée, il aurait certainement approuvé avec enthousiasme l’intégration, intervenue plus récemment, des centres de cancérologie d'Action Cancer Ontario aux hôpitaux qui les hébergent.

un rôle important dans tous les aspects essentiels de la lutte contre le cancer

L’influence du Dr Richards dans la lutte contre le cancer ne s’est pas limitée à l’Ontario. Il a contribué à la formation de la Société canadienne du cancer et de l’Institut national du cancer du Canada. Il a été le président de ce dernier en 1947 et 1948. Il s’est impliqué et a joué un rôle essentiel dans presque toutes les initiatives de lutte contre le cancer au niveau national et provincial qui ont été prises de son vivant.

Le Dr Richards était connu pour la cordialité dont il faisait toujours preuve envers ses patients, mais on disait de lui qu’il n’avait jamais su s’amuser et qu’il s’était consacré corps et âme à son travail. Ce dévouement a probablement joué un rôle dans la façon dont sa vie a pris fin. L’ironie du sort veut que l’homme qui a fait plus que tout autre pour apporter un peu d'ordre et de réglementation dans le secteur de la radiothérapie au Canada, ainsi que des pratiques plus sûres, soit mort d’une maladie du sang (vraisemblablement une leucémie aiguë) qui était très probablement la conséquence d'une exposition prolongée aux rayonnements. Le Dr Richards était un homme extraordinaire qui a dédié toute sa vie à la lutte contre le cancer.


Dr. William Boyd - Un enseignant, auteur et orateur de renom, et un ardent défenseur de notre cause

Le Dr William Boyd laisse surtout le souvenir d’un virtuose de l’enseignement, d’un auteur de talent et d’un brillant orateur. Ce que l’on oublie souvent, cependant, c’est le rôle important qu’il a joué en créant l’Institut national du cancer du Canada. Nous devons beaucoup à William Boyd, un homme dont la verve n’avait d’égal que la qualité de ses écrits et la prescience dont il a fait preuve en montrant la voie à suivre dans la recherche sur le cancer et la lutte contre cette maladie.

[ 1885–1979 ]

On a dit que le Dr William Boyd avait été « le plus grand professeur de pathologie de sa génération ». Ses contributions ont été littéralement colossales, en tant que président du département de pathologie de trois facultés de médecine canadiennes au cours d’une période de 35 ans, et en tant qu’auteur de manuels qui ont été utilisés par les étudiants pendant plus de 60 ans, un record pratiquement inégalé dans ce domaine. Il s’était taillé une solide renommée pour la qualité de ses écrits et de ses exposés, à un point tel que son biographe avait dit de lui que « son talent d’orateur n’avait d’égal que l’élégance de son style ».

Il ne jouit pas de la même renommée, ce qui serait pourtant légitime, pour les importantes contributions qu’il a apportées à la lutte contre le cancer au Canada. La plus importante d’entre elles est peut-être l’action qu’il a menée en participant à la création de l’Institut national du cancer du Canada, qui allait devenir le principal organisme du pays se consacrant à la promotion de recherches de pointe sur le cancer et à la lutte contre cette maladie.

William Boyd était le fils d’un ecclésiastique. Il était né à Portsoy (Écosse), un village de 2 000 habitants qui se distinguait par le fait qu’il comptait quatre grandes églises et 16 débits de boisson sur son territoire. Son évolution dans ce milieu assez particulier, combinée à des études dans un pensionnant de Glasgow et une formation médicale à l’Université d’Édimbourg, allait forger la personnalité de celui qui allait devenir l’un des plus grands professeurs et auteurs du Canada dans le domaine de la médecine. Il termina ses études de médecine en 1908 et obtint un diplôme en psychiatrie en 1912. Bien qu’il n’ait reçu aucune formation formelle en pathologie, c’est dans ce domaine qu’il décida de poursuivre ses activités. Un ancien condisciple le recommanda au Manitoba Medical College, à Winnipeg, où il fut nommé professeur de pathologie en 1915.

une réputation d’homme brillant

Au cours des prochaines décennies qu’il passa au Manitoba, le Dr Boyd vit se renforcer sa réputation de brillant auteur, orateur et enseignant. Ses ouvrages étaient largement diffusés au Canada et à l’étranger, et il était sollicité pour présenter des exposés dans de nombreux pays. Il acquit une telle renommée qu’il commença à exercer une influence considérable sur la conduite des affaires médicales au niveau national – une influence qui allait bientôt se faire sentir dans les domaines de la lutte contre le cancer et des programmes de formation consacrés à cette maladie.

Se découvrant un intérêt marqué pour le cancer, le Dr Boyd entreprit des recherches approfondies sur la régression spontanée des tumeurs malignes, et consacra de nombreux écrits à l’étude de ce phénomène. Dans le style inimitable qui le rendit célèbre, il compara un jour les cellules cancéreuses à « des bandits commettant leurs méfaits dans le milieu cellulaire ». Il est cependant intéressant de noter que la principale contribution qu’il apporta à la lutte contre le cancer au Canada – et il s’agit là sans aucun doute d’une contribution de taille – n’avait rien à voir avec ses recherches. Bien plus, elle est due à l’influence qu’il a exercée sur l’enseignement en cancérologie, ainsi que sur la formation et le développement d’organismes nationaux dans le secteur de la cancérologie.

un éloquent partisan de la formation en cancérologie

Au début des années 1930, le cancer était une maladie qui inspirait une terreur panique. Cela est toujours le cas aujourd’hui, évidemment, mais à cette époque, les connaissances que l’on possédait sur cette affection étaient très limitées, et les gens n’avaient même pas droit au simple réconfort de savoir que les milieux médicaux œuvraient de manière cohérente pour lutter contre cette pathologie. En 1931, le Comité national d’étude sur le cancer de l’Association médicale canadienne fut formé et, en 1935, le Gouverneur général du Canada établit un fonds destiné à aider au financement de la lutte contre le cancer – la Fondation du jubilé du Roi George V pour le cancer. En 1937, l’Association médicale canadienne accepta une subvention de 7 000 $ accordée par ce fonds pour établir « une organisation nationale de profanes et de médecins pour combattre le fléau du cancer ». Ces efforts aboutirent à la création de la Société canadienne de lutte contre le cancer, à laquelle le Dr Boyd accorda son vigoureux soutien.

Au cours des années qui suivirent, le Dr Boyd fit appel aux dons d’orateur et d’écrivain auxquels il devait sa renommée pour promouvoir une cause qui lui inspirait une véritable passion : l’importance de l’information sur le cancer, tant pour les cliniciens que pour les profanes. Il écrivit de nombreux textes, fit de fréquentes interventions en public sur cette question et, en février 1939, participa avec Lord Tweedsmuir, Gouverneur général du Canada, à une émission radiophonique diffusée à l’échelle nationale. Le sujet dont il parla fut, évidemment, le cancer. Dans notre province, il participa activement aux activités de la Fondation ontarienne pour la recherche en cancérologie et le traitement du cancer

militer en faveur d’une action concertée contre le cancer

En 1946, le Dr Boyd était président du Comité du cancer de l’Association médicale canadienne. Comme plusieurs autres personnes, il s’inquiétait de constater que, malgré l’excellent travail accompli par la Société canadienne du cancer, celle-ci rassemblait surtout des profanes. Le Dr Boyd et d’autres personnalités considéraient qu’un organisme national reposant sur des bases plus scientifiques et mettant davantage l’accent sur les connaissances spécialisées était nécessaire pour entreprendre une action concertée contre le cancer. Ils manifestaient une impatience croissante face à la lenteur des progrès accomplis dans ce sens par le gouvernement fédéral.

Le hasard voulut que le Dr Boyd compte, parmi ses connaissances, le ministre national de la Santé de l’époque, Paul Martin père. Le Dr Boyd se mit directement en rapport avec lui, et il est fort possible que l’entretien qu’ils eurent alors ait joué un rôle majeur en convainquant le ministre qu’une initiative nationale s’imposait. L’année suivante, M. Martin rassembla plusieurs représentants d’organismes s’intéressant au cancer, et tous convinrent « qu’il était nécessaire de disposer d’un plan d’attaque, bien coordonné et d’envergure nationale, pour faire face au problème du cancer ». Deux mois plus tard, l’Institut national du cancer du Canada voyait le jour. Trois ans après sa fondation, le Dr Boyd en devint le président.

Le Dr Boyd est l’une des grandes figures de l’histoire des soins de santé au Canada. On se souviendra toujours de lui pour ses dons exceptionnels en tant qu’orateur et auteur, et pour les contributions insignes qu’il a apportées aux succès obtenus dans la lutte contre le cancer au Canada.


Dr. Alfred Hardisty Sellers - Un homme pour qui rien n’était impossible

Au cours des quatre décennies de sa carrière exemplaire, le Dr Alfred Hardisty Sellers a jeté les bases de la création de réseaux de collecte et d’enregistrement d’importantes données sur les patients atteints de cancer en Ontario. Bien avant d’autres intervenants dans le domaine de la lutte contre le cancer, il avait compris qu’on ne peut prétendre régler un problème tant que tous les aspects n’ont pas été évalués.

[ 1907–1988 ]

Alfred Hardisty Sellers naquit à Toronto en 1907; il reçut son diplôme du North Toronto Collegiate en 1925 et obtint des bourses qui lui permirent de s’inscrire à un cours combiné en études artistiques et scientifiques ainsi qu’en médecine à l’Université de Toronto. Il obtint son diplôme avec distinction de Trinity College en 1929, et un autre de la faculté de médecine en 1932. En 1933, le Dr Sellers se vit décerner un diplôme en santé publique, après quoi il se consacra corps et âme à cette discipline.

Vers le milieu des années 1930, on n’était pas très au courant, en Ontario, du nombre de patients qui contractaient un cancer et mouraient des suites de cette maladie. On ignorait la proportion de patients atteints de cancer traités dans l’une des cliniques de cancérologie ouvertes depuis peu, de même que les résultats globaux des traitements qui étaient dispensés dans les établissements de ce type à l’échelle de la province. Les dossiers cliniques des divers patients, y compris les données recueillies sur l’étendue (stade) de leur maladie et la nature de leur traitement, n’étaient pas uniformes, et il n’existait aucun organisme provincial centralisé compétent en matière de cancer avant l’établissement de la Fondation ontarienne pour la recherche en cancérologie et le traitement du cancer (FORCTC), en 1943.

Le ministre de la Santé créa un Conseil consultatif sur le cancer pour formuler des avis sur la politique du gouvernement en matière de cancer, et notamment sur les moyens de tenir à jour des dossiers précis, centralisés et facilement accessibles pour permettre l’évaluation du programme. On considérait que la mise sur pied d’un département de la statistique revêtait une importance cruciale et, en 1936, le Dr Sellers fut nommé chef de la division de la statistique médicale.

une foi inébranlable dans le pouvoir de l’information

Dès le début de sa carrière, le Dr Sellers savait que les données de mortalité étaient une importante source de renseignements sur la nature et l’ampleur du problème du cancer dans la province. Exploitant les données sur les décès extraites des rapports annuels du registraire général de l’Ontario, il produisit son premier rapport statistique sur le cancer en 1936. Les rapports annuels de ce type reflètent l’importance vitale qu’il attachait à la précision et à la normalisation des données consignées sur les certificats de décès au sujet de la cause de chaque décès. Les informations qu’ils contenaient présentaient non seulement de l’intérêt pour les évaluations, mais donnaient également matière à des questions posées dans le cadre des recherches, de sorte qu’elles devinrent un outil de planification pour les établissements et programmes de cancérologie.

En 1937, le Dr Sellers élabora également une série de formulaires qui permit d’uniformiser le mode de présentation des dossiers dans lesquels on enregistrait les données cliniques propres aux divers patients. Ces données furent, au même titre que les rapports de mortalité, incluses dans les rapports annuels de la FORCTC et constituèrent le point de départ du premier système de communication et de consolidation des données cliniques sur le cancer recueillies « au niveau des activités » dans la province.

le Registre d’inscription des cas de cancer de l’Ontario voit le jour

L’établissement d’un registre d’inscription des cas de cancer est l’une des grandes réalisations qui nous ont été léguées par le Dr Sellers. Les données sur la mortalité étaient certes utiles, mais elles ne rendaient pas compte de tous les cas de cancer, ce qui amena le Dr Sellers à reconnaître la nécessité de recueillir des renseignements sur l’ensemble de la population. On décida d’utiliser un système qui rassemblerait et tiendrait à jour des données figurant dans des rapports établis à d’autres fins. On détermina que l’on n’avait besoin que de quatre principales sources d’informations pour disposer d’un registre hautement précis. Ces sources étaient les registres des sorties des hôpitaux dans les cas où un cancer avait été diagnostiqué, les rapports de pathologie mentionnant un cancer, les certificats de décès, et les rapports concernant les patients orientés vers les centres régionaux de cancérologie et le Princess Margaret Hospital. Le Registre d’inscription des cas de cancer de l’Ontario venait de voir le jour.

Dans les années 1970, reconnaissant que la mise en corrélation et la saisie des données à l’aide de méthodes manuelles prenaient trop de temps, le Dr Sellers œuvra de concert avec le Dr W. Robert Bruce et d’autres collaborateurs pour mettre au point un programme informatisé qui établirait automatiquement les liens nécessaires avec les données dont le registre avait besoin.

une contribution internationale de tout premier plan

Le Dr Sellers ne tarda également pas à prendre conscience de la nécessité de disposer des moyens d’enregistrer les cas de cancer et de les classer par groupes selon le stade ou l’étendue de la maladie, à la fois pour pouvoir fournir immédiatement des soins individualisés aux patients en se fondant sur des méthodes rationnelles, et pour mener des activités de surveillance à plus long terme. Selon lui, la stadification faisait partie de la terminologie internationale du cancer. Il avait déjà tenté, alors qu’il était encore rattaché au ministère de la Santé dans les années 1930, d’élaborer une politique provinciale en matière de stadification. Ce projet ne fut jamais pleinement mis en œuvre, mais suite à l’adoption du système TNM (tumeur, nodules lymphatiques, métastases), le Dr Sellers fut en mesure d’apporter une importante contribution à l’échelle internationale en tant que représentant canadien siégeant au comité chargé de perfectionner et de faire connaître la classification TNM. Il mit également au point plusieurs formulaires de déclaration du stade, spécifiques au site, qui furent utilisés pendant de nombreuses années dans les centres de la FORCTC et au Princess Margaret Hospital.

Le Dr Sellers a reçu l’hommage qu’il méritait pour l’œuvre de pionnier qu’il a accomplie en établissant des systèmes de collecte et d’enregistrement de données importantes sur les patients atteints de cancer. C’était un visionnaire qui était en avance sur son temps. Ses observations sur la nécessité d’entreprendre une étude quantitative sur l’aptitude des services médicaux existants à fournir les prestations dont la population de l’Ontario a besoin sont particulièrement révélatrices de la justesse de son intuition. Plusieurs des grands problèmes auxquels le système actuel de soins de santé est confronté (encombrement des hôpitaux, longues listes d’attente et pénuries de personnel médical) faisaient déjà l’objet des avertissements qu’il avait lancés. La création, dans les années qui ont suivi, de la Division de l’épidémiologie et de la statistique confirme bien le rôle crucial de l’œuvre de pionnier qu’il a accomplie en préconisant des études des données cliniques et de mortalité, en participant à la mise au point de systèmes de stadification, et en créant le Registre d’inscription des cas de cancer de l’Ontario. Il excellait plus que tout autre dans l’identification des possibilités.


Dr. Vera Peters - Une innovatrice animée d’un sens inné de la compassion

Curieuse et obstinée, Mildred Vera Peters a réorienté la prise en charge de la maladie de Hodgkin et du cancer du sein. Les milieux médicaux et scientifiques internationaux conservent d’elle le souvenir d’une personne ayant apporté des contributions essentielles à la science médicale, toujours guidée par une philosophie originale centrée sur le patient.

[ 1911–1993 ]

Les études pionnières réalisées par la Dre Vera Peters auprès de patients souffrant de la maladie de Hodgkin, que l’on croyait incurable jusqu’alors, ont permis à la radiothérapie à haute dose d’être largement acceptée en tant que traitement curatif chez une vaste proportion de patients souffrant de cette affection à un stade précoce. Les travaux que la Dre Peters a, toute sa vie durant, menés auprès de patientes chez lesquelles on avait diagnostiqué un cancer du sein ont également été extrêmement importants. Ils ont établi que, chez les patientes atteintes de cette maladie à un stade précoce, une intervention chirurgicale radicale et souvent défigurante pouvait être remplacée par une opération d’ampleur limitée conservant la plus grande partie du tissu mammaire, suivie d’une radiothérapie. Ces contributions ont été reconnues à l’échelle internationale.

Mildred Vera Peters naquit en 1911 dans une ferme laitière située près du village ontarien de Thistletown, qui fait maintenant partie de Toronto. Sa mère, qui était institutrice, joua un rôle crucial en encourageant ses sept enfants à atteindre le niveau d’instruction le plus élevé possible. Dès son plus jeune âge, Vera Peters fit, dans ses études, preuve d’une indépendance et d’une originalité qui allaient devenir la caractéristique distinctive des travaux de recherche qu’elle mènerait par la suite. Initialement inscrite à des cours de mathématiques et de physique à l’Université de Toronto à l’automne de 1928, elle projetait de devenir enseignante. En l’espace de quelques semaines, elle changea d’avis et obtint son tranfert à la faculté de médecine.

« Je ne pensais pas me trouver à l’endroit qui me convenait », expliqua-t-elle 50 ans plus tard à l’occasion d’une entrevue. « Une fin de semaine, j’ai décidé d’étudier plutôt la médecine parce que cette discipline est centrée sur [les gens], et parce que c’est aux gens que je m’intéresse. »

La Dre Peters reçut son diplôme de médecine en 1934, à l’issue d’un programme d’une durée de six ans. Pendant cette période, elle dut non seulement faire face au défi consistant à être la seule femme dans une faculté où la présence des hommes était prépondérante, mais aussi surmonter la tragédie personnelle que constitua la perte de deux membres de sa famille. Sa mère mourut du cancer du sein en 1933, et une de ses sœurs succomba à la tuberculose en 1934. Ces pertes eurent un effet profond sur sa personnalité, ainsi que sur le médecin qu’elle allait devenir.

une découverte décisive pour les patients atteints de la maladie de Hodgkin

Dans le cadre de sa formation, elle avait rencontré le Dr Gordon Richards, directeur du département de radiologie au Toronto General Hospital. Celui que l’on allait surnommer un jour « le père de la radiothérapie au Canada » avait dispensé ses soins à la mère de la Dre Peters pendant toute la durée de sa maladie, alors qu’elle luttait contre son cancer du sein. Après avoir obtenu son diplôme, la Dre Peters accomplit son internat au St. John’s Hospital de Toronto, l’un des tout premiers établissements canadiens se consacrant aux soins des femmes. Après son internat, elle se joignit à l’équipe du Dr Richards au Toronto General Hospital, où il devint son mentor dans le domaine de la radiothérapie. En 1937, elle fut nommée à un poste permanent en tant que radiothérapeute adjointe. En 1958, elle accepta un transfert dans le nouvel établissement spécialisé en cancérologie, le Princess Margaret Hospital, où elle exerça ses activités jusqu’à son départ en retraite.

C’est le Dr Richards qui lui suggéra de passer en revue les dossiers de patients atteints de la maladie de Hodgkin qui avaient été traités à l’institut. On considérait que cette affection était incurable, mais le Dr Richards fit remarquer que certains patients semblaient survivre pendant des périodes prolongées, ce qui indiquait peut-être qu’ils étaient guéris. Les recherches de la Dre Peters aboutirent à la publication, en 1950, d’une communication qui allait faire date, car elle indiquait qu’une forte proportion de patients atteints de cette maladie à un stade précoce pouvaient être guéris s’ils recevaient un traitement par radiothérapie à haute dose. Ses travaux aboutirent également à l’adoption du premier système de stadification des patients atteints de la maladie de Hodgkin et démontrèrent que l’étendue de la maladie au moment du diagnostic était le facteur qui influait sur la survie.

recherche d’une option moins défigurante que la mastectomie radicale

L’intérêt que la Dre Peters manifesta pendant toute sa vie pour les patientes atteintes d’un cancer du sein remonte à l’époque où sa mère succomba à cette maladie, et il fut entretenu par les nombreuses patientes qu’elle reçut en consultation après qu’elles eurent subi une mastectomie radicale, une intervention chirurgicale lourde, entraînant souvent des déformations, qui a pour but d’enlever le tissu cancéreux. Elle était animée du désir de découvrir un traitement plus conservateur et moins débilitant, physiquement et psychologiquement, qui soit tout aussi efficace que l’approche radicale. Après de nombreuses années d’observation clinique, elle entreprit une comparaison rétrospective soignée des résultats obtenus par les patientes qui, alors que leur maladie en était encore à un stade précoce, avaient subi une ablation locale de la tumeur parallèlement à une radiothérapie, par rapport à celles qui avaient été traitées par intervention chirurgicale plus radicale avant de recevoir une radiothérapie. Il n’y avait aucune différence entre les deux groupes sur le plan de la survie. La chirurgie conservatrice s’était avérée tout aussi efficace que les interventions radicales.

Bien que ses études pionnières sur la maladie de Hodgkin et le cancer du sein aient initialement donné lieu à du scepticisme et des critiques, les découvertes qu’elle fit dans le traitement de ces deux maladies virent leur validité confirmée par d’autres études à grande échelle et servirent de base à des interventions utilisées en pratique courante.

En reconnaissance de ces contributions, la Dre Peters reçut de nombreux prix et distinctions de la part de ses pairs des milieux médicaux et, en 1975, elle devint membre de l’Ordre du Canada. L’une des académies de la faculté de médecine de Toronto porte son nom, associé à celui du Dr William Boyd : il s’agit de la Peters Boyd Academy.

l’incarnation de l’égalité d’âme

La Dre Peters était un médecin extraordinaire, non seulement en raison de la façon dont elle comprenait et traitait les maladies, mais aussi parce qu’elle avait adopté une approche plus humaine et véritablement centrée sur les patients dans la prise en charge de leurs affections. Elle semblait dégager une aura de sérénité et de compétence absolue qui laissait une impression durable chez ses patients et collègues. Le Dr Harold Warwick, l’un de ses plus proches collègues, a écrit ce qui suit :

« Quand j’étais jeune, j’ai lu avec plaisir et admiration un texte de William Osler intitulé Equanimitas (Égalité d’âme). Chaque fois que je voyais Vera en train de s’affairer dans une clinique à la fin d’une longue journée de consultations, ne manifestant pas le moindre signe d’énervement et prodiguant au dernier de ses patients des soins aussi attentifs qu’au premier d’entre eux, je ne pouvais m’empêcher de penser aux propos d’Osler. Elle était l’incarnation même de ce qu’Osler avait à l’esprit, le symbole vivant de toutes les qualités que recouvre le concept d’égalité d’âme. »

Vera Peters est morte en octobre 1993, à l’âge de 82 ans, au Princess Margaret Hospital, l’établissement auquel elle avait consacré une si grande partie de sa vie. Elle laisse parmi les membres des milieux médicaux et scientifiques internationaux le souvenir d’une femme extraordinaire dont les contributions à la science médicale continuent de produire des fruits, et dont la compréhension et le sens de la compassion ont marqué la vie de ses patients à tout jamais.


Harold E. Johns - Un géant dans l’Histoire du cancer

Harold Elford Johns est né en 1915, dans l’ouest de la Chine, de parents missionnaires. Les troubles qui secouent la Chine à l’époque contraignent les Johns à quitter le pays en 1926 pour s’établir à Hamilton, où Harold fréquente l’Université McMaster et obtient un diplôme en mathématiques et en physique en 1936. En 1939, il décroche un doctorat en physique à l’Université de Toronto, mais le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale va bouleverser ses projets et l’empêcher de poursuivre ses travaux de recherche post doctorale à Cambridge, au Royaume-Uni. Il accepte alors un poste au sein du département de physique de l’Université de l’Alberta. Dans le cadre de l’effort de guerre, le Dr Johns devient radiographe auprès des instances officielles. À l’aide d’un vieux tube à rayons X, il effectue des tests aux rayons X sur des moulages de pièces d’avion et commence à s’intéresser aux propriétés et aux applications possibles des rayonnements. Cette activité va jouer un rôle déterminant dans l’orientation de sa carrière.

[ 1915–1998 ]

Harold Elford Johns est né en 1915, dans l’ouest de la Chine, de parents missionnaires. Les troubles qui secouent la Chine à l’époque contraignent les Johns à quitter le pays en 1926 pour s’établir à Hamilton, où Harold fréquente l’Université McMaster et obtient un diplôme en mathématiques et en physique en 1936. En 1939, il décroche un doctorat en physique à l’Université de Toronto, mais le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale va bouleverser ses projets et l’empêcher de poursuivre ses travaux de recherche post doctorale à Cambridge, au Royaume-Uni. Il accepte alors un poste au sein du département de physique de l’Université de l’Alberta. Dans le cadre de l’effort de guerre, le Dr Johns devient radiographe auprès des instances officielles. À l’aide d’un vieux tube à rayons X, il effectue des tests aux rayons X sur des moulages de pièces d’avion et commence à s’intéresser aux propriétés et aux applications possibles des rayonnements. Cette activité va jouer un rôle déterminant dans l’orientation de sa carrière.

À la fin de la guerre, il est recruté par le département de physique de l’Université de la Saskatchewan, aux termes d’une entente qui l’autorise à consacrer la moitié de son temps à la création d’un groupe de physique médicale au sein de la Saskatchewan Cancer Commission. Durant cette période, le Dr Johns fait grandement progresser le domaine de la physique médicale. Fortement influencé par les travaux du professeur V. M. Mayneord, du Royal Cancer Hospital de Londres, il obtient la consécration avec la parution, en 1953, de The Physics of Radiology (écrit en collaboration avec John Robert Cunningham), un ouvrage qui deviendra une référence internationale en la matière.

Selon la théorie du Dr Johns, la radiothérapie externe réalisée en orthovoltage est limitée par la faible pénétration du rayonnement et se traduit souvent par des lésions cutanées importantes. Les autres dispositifs mis au point à la même époque dans ce domaine comprennent le bêtatron, un accélérateur d’électrons par induction de champs magnétiques inventé aux États-Unis, qui permet de traiter les tumeurs profondes à de fortes doses, sans léser le tissu cutané outre mesure. L’isotope radioactif cobalt 60 (Co 60), un produit mis au point pendant la guerre par le Dr Mayneord dans le but de construire un réacteur capable de produire le matériau nécessaire à la première bombe atomique, est également prometteur. Ce projet secret aboutira à la mise au point de nombreux radio-isotopes utilisés en recherche médicale, et notamment à la production de Co 60 à partir du cobalt-59.

La fabrication d’une « bombe » pacifique

À son retour au centre de cancérologie de Saskatoon, le Dr Johns décide de se consacrer à la recherche de nouvelles applications des matériels à haute énergie dans le traitement du cancer. En 1948, il rencontre le premier ministre de la Saskatchewan, Tommy Douglas, et obtient l’autorisation d’acheter et d’installer le premier bêtatron au Canada.

Les coûts d’entretien et d’exploitation de l’appareil sont élevés. Le Dr Johns travaille alors à la mise au point d’une méthode qui utilisait le rayonnement gamma émis par le Co-60, en se servant du réacteur de Chalk River comme source d’alimentation, afin de réduire les coûts et de simplifier l’obtention d’un rayonnement à haute énergie. Eldorado Mining & Refining détient les droits commerciaux rattachés aux isotopes mis au point à Chalk River. Un groupe concurrent, présidé par Roy Errington à Ottawa, travaille également avec le service commercial d’Eldorado à la mise au point d’une méthode d’exploitation des rayons gamma émis par le cobalt. Ce groupe a signé une entente avec le Victoria Hospital de London, en Ontario, selon laquelle le modèle conçu par Eldorado serait installé et utilisé dans cet établissement. C’est dans le contexte de cette course au nucléaire, pacifique et très médiatisée, que la version de la « bombe au cobalt » du Dr Johns est inaugurée à la Saskatoon Cancer Clinic, le 23 octobre 1951. C’est pourtant à London, quatre jours plus tard, que le premier patient au monde est traité avec cette technique, soit 12 jours avant que le centre de Saskatoon ne traite son premier patient au moyen de la « bombe au cobalt ».

Relativement bon marché et facile d’entretien, l’appareil permet d’administrer une dose de rayonnement prévisible et peut même être utilisé dans des installations relativement rudimentaires. Il augmente les taux de guérison et améliore considérablement les soins cancérologiques partout dans le monde. Des millions de personnes, dans le monde entier, ont tiré des bienfaits du traitement au cobalt.

Un enseignant estimé et exemplaire

Le Dr Johns est certes surtout connu pour le rôle qu’il a joué dans la mise au point de l’unité de traitement au cobalt, mais ses états de service dans l’enseignement universitaire n’en sont pas moins brillants. En 1956, il est recruté par l’Université de Toronto et le tout récent Institut ontarien du cancer, où il devient chef du département de physique. Il sera ensuite le titulaire de la chaire du département de biophysique (2e cycle) de l’Université de Toronto.

Le Dr Johns fut un enseignant estimé et exemplaire, qui pouvait cependant se montrer intransigeant. Ses étudiants lui avaient donné le surnom de « The Whip » (la cravache, en français), en raison de l’imposant fouet à bœufs qui ornait son laboratoire. Il savait admettre le bien fondé d’une hypothèse dès lors qu’on lui en faisait la démonstration, une qualité admirable et souvent trop rare. Il aurait dit un jour à un étudiant : « Il est impossible que vous ayez raison, mais je vais y réfléchir ». Le jour suivant, il déclara simplement à son interlocuteur : « Vous aviez raison ». Tout au long de sa carrière, le Dr Johns s’est intéressé de près à la médecine clinique et à la radiothérapie, la résolution de problèmes cliniques et l’amélioration des soins offerts aux patients étant au cœur de ses préoccupations scientifiques. Ses travaux sur le traitement au cobalt sont l’illustration même de ce principe, mais les autres exemples ne manquent pas, notamment son rôle dans la mise au point du système informatisé de calcul de la dose.

Il a été un auteur scientifique très prolifique. En plus de son manuel, il a rédigé plus de 200 articles soumis à l’examen des pairs.

Le Dr Johns a pris officiellement sa retraite en 1980, mais il a poursuivi ses activités professionnelles pendant plusieurs années, jusqu’à ce que la maladie de Parkinson l’en empêche. Il s’est éteint en 1998. Il est le récipiendaire de nombreux prix, médailles et diplômes honorifiques délivrés par divers organismes, au Canada et à l’étranger. Il a été nommé Officier de l’Ordre du Canada en 1997 et intronisé au Temple de la renommée médicale canadienne à titre posthume.

Son héritage le plus précieux est la marque indélébile qu’il a laissée sur ses étudiants et ses collègues, dont nombre occupent aujourd’hui des postes universitaires et administratifs prestigieux. À leur tour, ils transmettront à leurs étudiants la curiosité et la soif de savoir sur lesquelles reposait la philosophie du Dr Johns.


Dernière mise à jour: Fri, Mar 13, 2009

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